TADOUSSAC
Retour dans le passé de la Haute Côte-Nord.
De plus en plus de touristes viennent visiter la Côte-Nord. Certains nous posent des questions sur l'histoire de notre région. Très souvent hélas, nous ne savons trop quoi leur répondre. Voilà donc une raison suffisante pour s'informer sur ce sujet. De plus, tous savent qu'il est important de savoir d'où l'on vient si l'on veut savoir où l'on va. C'est l'objectif que je poursuis en débutant aujourd'hui une série d'articles sur la petite histoire de chacun des villages de la MRC Haute-Côte-Nord. Je traiterai d'abord de l'origine du nom pour ensuite parcourir les principaux jalons chronologiques. Notre voyage dans le temps commence évidemment avec Tadoussac.
Richard Létourneau
Tadoussac
Origine du nom:
Hypothèse 1: Selon Mgr René Bélanger, Tadoussac est un nom montagnais signifiant "mamelons" faisant allusion au paysage environnant. La première mention de ce toponyme se trouve dans un écrit de Thevet vers 1550 dans lequel il parle de "Thadoyzeau".
Hypothèse 2: Quant à Charles Martijn, directeur des recherches amérindiennes au Québec, il croit que Tadoussac est la version francisée du nom de lieu micmac "Gtadosag" voulant dire "entre les rochers".
Hypothèse 3: Pour Mgr Laflèche, Tadoussac vient de la langue des Cris et s'écrit "Tatoushak", pluriel de "Totoush", signifiant "mamelle".
Jalons chronologiques:
1535: Le premier septembre, Jacques Cartier s'arrête à Tadoussac lors de son deuxième voyage.
1599 à 1630: Tadoussac est alors un comptoir où des commis se rendent pendant l'été pour y faire le troc avec les Amérindiens, Montagnais et autres. Il existe une chapelle de fortune que le missionnaire utilise lors de ses passages. Dès 1615, Tadoussac est sous la responsabilité du Père Dolbeau. Précisons qu'à chaque année jusque vers 1620, les missionnaires y séjournent de quelques jours à quelques semaines. L'évangélisation est difficile et donne peu de résultats malgré le travail ardu et gigantesque. En effet, en 1625, alors que les Jésuites remplacent les Récollets, à peine 50 autochtones ont été baptisés. À cette époque, Tadoussac demeure le point d'arrêt des navires traversant l'Atlantique, le reste du chemin étant fait en barque.
Après 1630: Tadoussac devient un poste permanent.
1661: Le Poste de Tadoussac est incendié et ravagé par les Iroquois.
Après 1670: Tadoussac devient un maillon du réseau des postes qui sont établis sur le Saguenay, au Lac St-Jean et sur la Côte-Nord.
1701: parce que le commerce des pelleteries est en baisse, le nouveau propriétaire du bail de la Traite de Tadoussac, François Hazeur, se lance dans celui des huiles. Il construit alors une pêche à marsouin à la Pointe-aux-Alouettes, près de Tadoussac. Il l'exploite jusqu'à sa mort en 1708.
1760: Après la conquête anglaise, les activités du commerce des fourrures reprennent sous la direction de Thomas Ainslie.
1786: Voici la description du poste de Tadoussac à ce moment: Bâtiments: une chapelle, un presbytère, une maison, deux magasins, une forge, une boulangerie, une tonnellerie, une poudrière, trois hangars dont un à bois et un à charbon, une grange-étable et une étable.
Cheptel: un cheval, un bœuf et trois vaches.
1831: La population montagnaise du poste de Tadoussac compte quatre hommes, cinq femmes et quatre enfants.
1838: William Price, un marchand de bois de Québec, ouvre une scierie située à l'Anse-à-L'eau. Cela marque le début du village actuel et du peuplement agro-forestier en Haute Côte-Nord. Il emploie également quelques familles huronnes venant de Lorette(ville).
1839: La population se compose de 80 travailleurs de la scierie et de 6 employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
1845: Thomas Simard, fondateur de Bergeronnes, opère une scierie à "Moulin à Baude". Il la vend à Price en 1848 ou 1849, mais elle n'est pas en opération très longtemps.
1848: Price ferme sa scierie de l'Anse-à-L'eau. Trois ou quatre maisons demeurent quand même habitées et le magasin de la compagnie continue à vendre aux voyageurs qui remontent le Saguenay.
Vers 1850: C'est la Compagnie de la Baie d'Hudson qui est propriétaire de la majorité des places de pêche au saumon. L'un des principaux établissements est d'ailleurs Tadoussac, fournissant 1500 saumons par année. Soulignons qu'à cette date, le village bénéficie du service postal.
1851: Réouverture de la scierie de l'Anse-à-L'eau et début de l'activité touristique. Le recensement révèle une population de 141 habitants regroupés en 23 familles.
1855: C'est le début des croisières organisées par la Canada Steamship Lines.
1861: La population s'élève à 200 habitants. La majorité provient de Charlevoix et surtout de La Malbaie.
1862: On construit un petit hôtel pour accueillir les touristes.
1863: Création de la Municipalité de Canton de Tadoussac et érection de la paroisse.
1864: Ouverture d'une école.
1865: Construction d'un grand hôtel grâce à un investissement de 40000$.
1871: Le village compte 765 habitants.
1873: Lord Dufferin, gouverneur général du Canada, se fait construire une luxueuse villa à Tadoussac, non loin de la vieille chapelle.
Vers 1880: Jude Tremblay construit trois fours à chaux à la Grande Anse, juste après la rivière à Baude.
1881: Le télégraphe dessert Tadoussac.
1889: Tadoussac a son école modèle donnant le primaire au complet.
1895: On relève l'existence d'un cercle agricole dans le village. On organise un concours de production laitière. On n'accepte alors que les troupeaux d'au moins cinq vaches. L'objectif est d'amener des animaux de race, des instruments aratoires et de sensibiliser les agriculteurs à l'utilisation du varech comme engrais.
1899: La municipalité autonome de Tadoussac se sépare de la Municipalité de Canton.
1900: La municipalité procède à l'installation d'un système d'aqueduc et d'égout. Un peu plus tard, elle fait construire une petite centrale hydroélectrique pour les besoins du village.
1907: Le curé en a contre l'oisiveté des habitants, "à l'exemple des touristes, ce qui paralyse souvent les devoirs religieux et civiques." Toujours selon le curé, la pauvreté et le manque d'argent pour payer leur dû à l'Église s'expliquent par le fait qu'ils sont portés sur la boisson. La danse, particulièrement entre catholiques et protestants, le préoccupe beaucoup. En général, pour les curés de Tadoussac, les touristes sont de la mauvaise graine.
1941: Les statistiques démontrent que 33% des terres sont en culture.
1942: William Hugh Coverdale, président de Canada Steamship Lines, fait construire le grand hôtel actuel ainsi que le fort Chauvin.
1953: Construction de la station piscicole actuelle.
1965: La petite chapelle est classée bien culturel.
1966: C'est la fin des croisières maritimes de la Canada Steamship Lines.
Sources: Le Saguenay et le Bassin du Lac St-Jean, Arthur Buies, Léger Brousseau, Éditeur, 1896.
De la Pointe de Tous les Diables au Cap Grincedents, Mgr René Bélanger, Béliste Éditeur, 1973.
Tatoushak, Gaby Villeneuve, 1982.
Les Vieilles Familles de Tadoussac, Gaby Villeneuve, 1997.
Histoire de la Côte-Nord, Pierre Frenette et als, Pul, 1996.
Richard Létourneau
sources: Richard Létourneau & Journal Haute Côte-Nord